De la motivation


La réussite scolaire ?

Réussir est indissociable d'un projet à réaliser ou d'un état à atteindre en cela c'est un futur à réaliser et la source de difficultés.

En effet la réussite d'un projet implique non seulement l'utilisation de qualités cognitives élevées (capacité à se concentrer, à être attentif, à synthétiser...à résoudre des problèmes) mais aussi une volonté sans faille dans la poursuite de l'objectif.

Un élève qui veut réussir va être confronté à deux types de difficultés : les premières seront des difficultés que j'appellerai techniques : problèmes à se concentrer, à comprendre le cours, à résoudre un exercice...

Le second type sera la difficulté à rester motivé.

Le premier type de difficultés a été traité partiellement dans un précédent article : « De la résolution de problèmes en mathématiques ». Nous nous intéresserons ici au deuxième type de difficulté : la motivation.

La motivation est bien sûr liée à la réussite (estime de soi) mais surtout à une volonté de changement.

Volonté de changement ?

La volonté de changement d'un élève peut-être motivée par de nombreux facteurs : une ambition professionnelle, l'ambition des parents ou des professeurs ; une envie de changer l'image que les autres ont de soi ; une envie de changer l'image que l'élève a de soi ; une obligation environnementale (par ex : apprendre la langue d'un pays)...etc.

Comme on le devine la volonté de changement d'un élève peut être très variable en intensité et en durée selon qu'elle est volontaire ou plus ou moins subie.

Si elle n'est pas suffisante ou juste « de façade », elle sera contre productive ; en effet l'élève utilisera le premier échec pour proclamer une incapacité et justifier sa profonde non volonté de changer (« ...de toute façon je ne suis pas fait pour les maths »)

Si elle est subie, certains élèves risquent d'utiliser l'importance affichée de l'entourage de l'élève pour de bon résultats scolaires pour régler leurs « comptes » avec eux. Ils échoueront systématiquement aux examens malgré une volonté exprimée de travailler et de s'améliorer (leurs contrôles vont, par exemple, être truffée d'erreurs de calculs étonnantes et « inconscientes », placées à des endroits judicieux).

Ce qui est sûr, c'est que la motivation doit être impérieuse si elle veut résister aux premières difficultés.

En effet chaque élève, quel que soit ses problèmes, va se créer un monde, un environnement social, des activités, qui vont lui forger une identité.

Changer c'est risquer : risquer des repères, des habitudes, des relations... pour un univers inconnu. C'est aussi et surtout être confronté à ses difficultés et parfois même à ses incompétences ; Difficulté à se concentrer longtemps, à se dépasser, à résoudre un problème...etc.

L'image négative de lui-même qui lui est alors renvoyée n'est pas agréable et on comprend que l'étudiant soit « timide » et prompt à réintégrer sa coquille aussi inconfortable qu'elle puisse être.

Ce comportement semble naturel.

La volonté de changer doit donc être animée d'une énergie importante. Cette énergie doit, de plus, durer suffisamment longtemps pour que le processus de changement soit irréversible.

Aides au changement

Si la volonté de changement est propre à l'étudiant et basée sur une nécessité, l'aide nécessaire ne sera pas très importante. En effet il trouvera en lui-même l'énergie et la combativité suffisante pour se dépasser.

Par-contre si cette volonté de changement n'est pas impérative, il devra être aidé.

L'enseignant devra soutenir, entretenir et parfois construire la motivation de l'élève, dans son intensité mais aussi dans sa durée. Cette action devra être suffisamment efficace pour que l'élève prenne petit à petit confiance en lui et puisse progressivement travailler seul. Travailler seul avec réussite veut dire avoir suffisamment de confiance en soi pour accepter de se confronter à des difficultés.

Réussir ne veut pas dire forcément résoudre le problème posé. Réussir veut dire accepter de ne pas résoudre un problème et ne pas le vivre comme un échec.

L'étudiant est confronté à deux problèmes :

  • Il est confronté à une image négative de lui-même dés qu'advient une difficulté qu'il ne sait dépasser.
  • Il est toujours persuadé que ses incompétences cognitives (par exemple à se concentrer ou à résoudre des problèmes mathématiques) sont définitives.

L'enseignant en soutien scolaire va donc devoir agir à deux niveaux :

Il devra avoir une action théorique et une action pratique.

Action théorique

L'action théorique se résume à expliquer à l'étudiant un des buts fondamentaux, à mon sens, de l'éducation : le développement de capacités cognitives élevées (capacités d'analyse, d'attention, de résolution de problèmes...), ce que cela implique au niveau physiologique et psychologique ainsi que les moyens d'y parvenir.

Si on prend le problème de l'attention (par exemple : les erreurs de calcul), il va falloir entrainer le cerveau. L'élève va devoir développer des outils méthodologiques et une volonté sans faille pour faire et refaire différemment ses calculs, pour ne pas accepter l'échec, faire table rase de ce qui a été fait et recommencer en changeant de posture mentale et physique (ce qui veut dire porter une attention différente au problème posé).

Au niveau physiologique cela veut dire créer, développer ou réorienter une ou des architectures neuronales aptes à ces capacités. Cela implique créer physiquement des connexions ou tout du moins un chemin électrique particulier c'est-à-dire un système dynamique complexe dont la propriété émergente sera la capacité d'attention.

De même qu'un enfant qui apprend à marcher crée ou développe une architecture neuronale complexe qui lui permet de marcher, cela prend du temps (on parle en mois) et beaucoup d'énergie dans la poursuite de l'effort.

Les difficultés d'un élève sont donc celles d'un instant donné et ne sont en rien définitives.

Action pratique

L'action pratique de l'enseignant est la plus complexe car son efficacité est liée à l'interaction entre l'enseignant et l'élève.

Une interaction positive est une histoire de confiance :

-L'enseignant doit avoir les capacités et surtout la volonté réelle d'aider l'élève à changer. Ce qui n'est absolument pas évident ; En effet, malgré une envie consciente d'aider, il est parfois plein d'envies inconscientes de ne pas aider. Notre pratique doit donc être interrogée et remise sans cesse en question surtout si l'élève ne progresse pas.

En fait les causes d'un élève qui ne progresse pas sont plurielles, elles dépendent de l'élève (non volonté de changement pour plusieurs raisons) et de l'enseignant (c'est un élève que vous ne savez pas ou ne voulez pas aider). L'enseignant doit donc aussi être capable d'accepter de ne pas aider un élève en particulier et mettre un terme à une collaboration non-productive.

-Le plus important pour qu'un élève progresse est qu'il soit confronté à des difficultés sans que cela le bloque et lui serve à justifier un immobilisme. L'enseignant doit donc s'adapter à chaque élève de manière que ceux-ci soient capables de se dépasser. C'est la répétition d'actions valorisantes de ce type qui nourrira la motivation de l'élève. Cette action de l'enseignant est bien sûr très complexe ; celui-ci agit et interagit en fonction de ce qu'il est et peut avoir du mal à comprendre ou accepter les peurs d'un élève en particulier.

-L'élève doit accepter d'essayer de changer, il doit accorder une partie de sa confiance à l'enseignant et aux moyens mis en place par celui-ci pour l'aider. Cette confiance est bien sûr temporaire et souvent questionnée. Il doit aussi, comme l'enseignant, interroger sa volonté de réussite ou de non-réussite. En quoi sa non -réussite l'arrange t'il ? Qu'est ce qu'elle lui permet de faire ou de ne pas faire ?

Cette coopération (réfléchi, conscientisé, interrogé) entre deux êtres humains est, à mon sens, l'élément le plus important pour aider un élève en difficulté.

C'est un moment très riche pour les deux protagonistes et surtout un outil, à mon sens le seul, qui peut permettre, s'il est bien mené, de faire évoluer réellement une situation d'échec scolaire.

Nicolas Lavoisier

Diplômé des Ecoles Polytechniques de Grenoble et Montréal